La mise en garde du ministre de l’Urbanisme révèle l’impuissance du gouvernement face à des propriétaires de maisons véreux.
Lors de sa dernière sortie, le ministre Bruno Nabagné Koné a donné la position du gouvernement sur les conditions prévues pour la location d’une maison en Côte d’Ivoire. Selon l’émissaire du chef de l’État, « c’est deux mois d’avance et deux mois de caution, au maximum quatre mois de loyer. Si un propriétaire demande plus et que le locataire peut apporter les preuves, le propriétaire sera condamné à payer trois fois le surplus encaissé. » Une décision qui connaît une exécution difficile dans le quotidien du citoyen lambda. Le fait est que la demande est très forte. Devant un tel schéma, celui qui souhaite se loger, est pris au piège par la nouvelle loi sur le loyer. Le demandeur se verra refuser les clés de la maison s’il s’en tient à la loi. Ce n’est un secret pour personne qu’on donne toujours au plus offrant, quand la demande est forte. Chercher à se loger dans la ville d’Abidjan revient à trouver une aiguille dans le sable. Les populations sont obligées de subir les humeurs des propriétaires de maisons. De plus en plus, l’acquisition d’un logement dans la capitale économique ivoirienne se fait par affinité, tant le nombre de demandes est en perpétuelle croissance. En outre, il faut noter une offre bon marché et il y a moins de deux mois, nous avons assisté à des effondrements d’immeubles, mettant en péril, la vie des locataires. Les regrets de nos autorités ne sauraient empêcher d’éventuels effondrements, parce que ce tableau sombre, présente une réalité qui dévoile la misère des Abidjanais. Tous ceux qui vivent en Côte d’Ivoire, aspirent à se rendre dans la ville qui accueille la quasi-totalité des ministères de la République. Ainsi, tous accourent vers la ville d’Abidjan afin de s’offrir plus d’opportunités d’affaires et une visibilité plus large pour se faire une place au soleil. Par ailleurs, ce panneau triste pose le problème de la décentralisation au sein de notre nation. La grande majorité de l’administration est concentrée à Abidjan. La Perle des langues peut constituer à elle seule, les 33% de la population ivoirienne. Dans un tel scénario, tout flambe, y compris le coût de la location d’une maison. Fort heureusement, les autorités ivoiriennes commencent à plancher sur le sujet.
L’organisation de la prochaine Coupe d’Afrique des Nations (CAN) au pays, est en train de donner le sourire à des villes autres que celle d’Abidjan. Avec la construction de stades et d’infrastructures nécessaires à la réussite d’un tel événement, le flux d’activités lucratives peut contraindre les habitants de ces différentes villes de l’intérieur à rester sur place. C’est pour cette raison, les villes comme Yamoussoukro, Bouaké, Korhogo et San Pedro pourraient retenir leur population, car elles accueillent aussi la compétition continentale. Il faut encore espérer qu’après la fête du ballon rond, des entreprises, des infrastructures économiques se répandent à travers toute la Côte d’Ivoire afin de désengorger Abidjan. Les vautours s’assemblent là où se trouve le cadavre et l’Homme ira toujours là où il peut trouver son pain. Lorsque plusieurs villes de la nation connaîtront une densité d’activités économiques, alors les propriétaires de maisons feront de moins en moins, la pluie et le beau temps chez les locataires. Nous savons tous que la qualité de service n’est plus facultative dans la mesure où les services sont multiples et variés. La téléphonie mobile en Côte d’Ivoire en est un exemple dont on pourrait s’inspirer afin d’atténuer la souffrance de nos populations dans le domaine immobilier. Voilà, en partie, pourquoi voter les lois ne suffit pas. Il faut aussi créer des conditions pour que ces lois soient applicables sur le terrain.
Jean Claude Babo
