Célébration de la JIF 2023 Focus sur cinq femmes qui ont marqué l’histoire politique de la Côte d’Ivoire

Le monde a célébré le 08 mars dernier la journée internationale des droits de la femme (JIF). A cette occasion, Le Direct fait un focus sur cinq dont l’engagement politique a marqué l’histoire de la Côte d’Ivoire.

Marie Séry Koré, figure féminine de la lutte contre le colonialisme

Peut-être méconnue du jeune public, mais les plus friands de l’histoire de la Côte d’Ivoire dans son combat pour l’accession de l’indépendance ont sans aucun doute entendu parler de Marie Séry Koré. De son vrai nom Zogbo Céza Marie Galo, Marie Koré est la figure de proue de la marche des femmes à Grand Bassam en 1949 pour la libération de leurs maris emprisonnés (Bernard Dadié, Mathieu Ekra, Jean Baptiste Mokey, René Séry Koré, Lama Kamara, Phillipe Vieyra etc.). Née en 1912 et décédée en 1953, Marie Koré a marqué grâce à son engagement politique au sein du Rassemblement démocratique africain (RDA). L’histoire raconte que des femmes organisées par petits groupes ont effectué le trajet par petit groupe d’Abidjan vers Grand Bassam (capitale d’alors) à pied où se trouvaient les principaux tribunaux pour exiger la libération de leurs maris. Face à l’administration coloniale, Marie Koré avait sonné la mobilisation comme raconte l’historienne et Grande Chancelière Henriette Dagri Diabaté dans une enquête : « Mes sœurs bété, Baoulé, dioula, et partout, n’ayez pas peur ! Ce n’est pas parce qu’on nous envoie un jet d’eau avec du sable que nous devons nous décourager car une personne qui veut aller au secours de son époux, de son frère, de son fils ne doit pas reculer devant si peu de chose. ». Elle aurait effectué ce périple avec sa fillette attachée au dos. Près de 500 femmes ont été mobilisées lors ce mouvement historique. A la mémoire de son combat, un billet de 1 000 francs CFA et un timbre postal à son effigie sont créés. Une statue représentant trois femmes a été érigée dans l’ancienne capitale en rappel à la marche des femmes sur Grand-Bassam. L’une d’entre elles, portant un enfant dans son dos, pourrait être Marie Koré d’après Henriette Diabaté.

 Jeanne Gervais, à jamais la première…

Elle aussi a fait partie de la marche de Grand Bassam.  Jeanne Gervais n’a pas figuré sur une pièce de monnaie ou un billet. Mieux elle a ouvert la voie à la présence féminine dans un gouvernement en Afrique. Membre active du parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) de feu Félix Houphouët-Boigny, ‘‘père’’ de la nation ivoirienne, Jeanne Gervais est nommée le jeudi 4 mars 1976, dans le 9e gouvernement du président  Felix Houphouët Boigny  devenant  la première femme à entrer dans un gouvernement en Côte d’Ivoire. Elle fut nommée ministre de la condition féminine. Née d’un père d’origine française et d’une mère baoulé, la première ministre femme de Côte d’Ivoire est aussi l’une des trois premières élues de l’Assemblée nationale. Elle fait ses classes à l’école des jeunes filles de Rufisque au Sénégal puis rejoint l’École normale supérieure de Saint-Cloud, dans la banlieue parisienne. Jeanne Gervais deviendra inspectrice de l’enseignement primaire et plus tard Professeur au Collège de Jeunes Filles de Bingerville de 1944 à 1946 et à l’Orphelinat des Métis de Bingerville (devenu « l’Orphelinat de Bingerville ») de 1946 à 1949. Jeanne Gervais est également la fondatrice de l’école « La Pépinière des Deux Plateaux » (Abidjan-Cocody).

A son poste ministériel, elle sera reconduite trois fois jusqu’au remaniement ministériel de 1983. Né 6 juin 1922 à Grand-Bassam est décédé le 9 décembre 2012.

Simone Ehivet Gbagbo, une Première dame pas comme les autres

L’année 2000 a vu le Front populaire ivoirien (FPI) de l’ex président Laurent Gbagbo prendre le pouvoir. Un mouvement politique créé par Laurent Gbagbo et son épouse. Simone Gbagbo ! Plus qu’une simple épouse, une compagnonne de lutte. Plus qu’une première dame à rôle symbolique, Simone Ehivet Gbagbo a été au four et moulin aux côtés de son époux dès le départ dans la lutte pour le multipartisme en Côte d’Ivoire. «(…) À peine conquis, il faut déjà le défendre, dès septembre 2002, coûte que coûte. Une mission taillée sur mesure pour Simone Gbagbo, bien loin du stéréotype des premières dames ordinaires, qui se seraient contentées d’une belle vie au bord de la lagune Ébrié, à dépenser sans compter ou à hanter les galas de charité. C’est une femme politique, une vraie, parfois jusqu’à la caricature… », Simone Gbagbo, « c’est un roc, pas un caméléon ». C’est ainsi que la dépeignait jeune Afrique dans un de ses articles colonnes en 2012.

Un engagement politique, mais aussi syndicaliste qui a valu à Simone Gbagbo, à maintes reprises, les profondeurs de la geôle et bien plus. Arrêtée avec son mari en 2011 à l’issue de la crise postélectorale, elle sera jugée et condamnée à 20 ans de prison par la justice nationale malgré un mandat d’arrêt lancée par la cour pénale internationale à son encontre. Une première pour une femme. Simone Gbagbo sera en 2018 libérée suite à une annonce d’amnistie de 800 prisonniers condamnés pour des crimes en lien avec la crise postélectorale de 2010-2011.

Aujourd’hui en froid avec son mari, elle a mis sur pied un mouvement politique dénommé Mouvement des Générations capables qu’elle dirige et semble adopter une posture « résolument engagée » vers la paix et la réconciliation. Une volonté conciliée dans son ouvrage,  « Ma sortie de prison : prémices d’une Côte d’Ivoire réconciliée », parut en 2021.

Simone Gbagbo a également occupé les postes de député de la commune d’Abobo (1995) et la vice-présidence de l’Assemblée nationale.

Henriette Diabaté, la femme de presque tous les régimes

Son nom en Côte d’Ivoire force bien respect et admiration. La grande chancelière, le Professeur Henriette Rose Diabaté né Dagri fait partie des figures féminines politiques bien connues du pays. Professeure émérite d’histoire à l’université de Cocody à Abidjan, Henriette Diabaté a occupé à plusieurs reprises et sous différents régimes des postes ministériels. Sous feu Felix Houphouët-Boigny, elle est nommée en 1990, ministre de la Culture. De janvier à mai 2000, elle exerce le portefeuille de ministre de la Culture et de la Francophonie. De mars 2003 à décembre 2005, elle occupe le poste de ministre d’Etat, garde des sceaux, ministre de la Justice au sein régime Gbagbo. Depuis 2011, Henriette Diabaté tient le rôle de Grande chancelière de l’Ordre national.

Plusieurs présences au sein de presque tous les gouvernements et un engagement politique assez prononcé. En effet, la veuve de l’ancien ministre d’Etat, Lamine Diabaté a été membre du Comité directeur du PDCI-RDA avant d’ouvrir une nouvelle voie après le décès du premier président de la Côte d’Ivoire avec la création du rassemblement de Républicains (RDR) dont elle membre fondatrice. Au sein de cette formation politique, elle va occuper de nombreux postes jusqu’à celui de secrétaire générale du parti. En octobre 1999, elle est incarcérée avec de nombreux compagnons de lutte en raison des violences survenues lors des manifestations organisées par le parti. Ils seront jugés et condamnés à la prison ferme avant d’être relâchés en fin de la même année.

 Henriette Diabaté, c’est de nombreuses distinctions honorifiques (Chevalier des Palmes Académiques et Chevalier du Mérite Français) et travaux et publications de thèse et articles.

Jacqueline Lohoues Oble, pour un coup d’essai

En Côte d’Ivoire, on attend toujours de voir une femme à tête du pays. Cela aurait pu être le cas si en 2010, où Jacqueline Lohoues Oble avait tenté de se hisser au plus haut sommet de l’Etat face aux « trois grands ». Femme de droit et femme politique, Jacqueline Oble devient en novembre 1983, la première femme professeure juriste de d’Afrique subsaharienne de la faculté de droit d’Abidjan puis la première femme agrégée de droit privé en Afrique. Sous la présidence de Félix Houphouët-Boigny, Jacqueline Oble est nommée ministre de la Justice dans le gouvernement d’Alassane Ouattara, actuel président ivoirien.

En 1995, elle est élue députée de la commune d’Abobo. Mais bien avant en 1994, elle participe à la création du RDR qu’elle quittera plus tard après s’être opposée à la candidature de Alassane Ouattara à la présidentielle de 2000. Jacqueline Oble a également exercé en tant que conseillère juridique de Charles Konan Banny, Premier ministre ivoirien de 2006 à 2007.

Au fort de la crise postélectorale de 2011, l’ancienne ministre de la Justice sera nommée ministre de l’Education nationale dans le gouvernement Aké N’Gbo. Actuellement. Âgée de 73 ans, Jacqueline Oble est actuellement conseillère au Conseil constitutionnel de Côte d’Ivoire.

GD BALO

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