Lundi 28 mars 2022, 11e anniversaire des tristes événements qu’a vécus le peuple Wê, relativement à la crise post-électorale de 2010-2011 en Côte d’Ivoire.
Ces événements atroces survenus en pays Wê, en général, mais à Duékoué, en particulier, sont d’un niveau d’horreur inqualifiable.
Ce jour-là, les populations de Duékoué sont réveillées par les bruits assourdissants d’armes de guerre. Les affrontements entre les forces restées loyales au Président Laurent Gbagbo, Forces de Défense et de Sécurité (FDS) et les ex-Forces Armées des Forces Nouvelles, ex-FAFN, devenues Forces Républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI), faisaient rage, car Duékoué étant un carrefour, il fallait l’occuper, soit pour empêcher l’avancée des FAFN sur Abidjan, le centre névralgique du régime FPI, soit sortir ses tripes pour remporter la bataille pour ouvrir le chemin menant royalement à l’objectif qu’est Abidjan, le cœur du pouvoir. C’est selon le côté où l’on se trouve.

Les combats qui ont duré toute la journée du 28 mars et la demi-journée du 29 mars 2011, se sont soldés par la défaite des FDS qui ont plié l’échine face aux FAFN. Les FDS, ayant perdu la bataille de Duékoué, prennent tout leur dispositif militaire et gagnent Abidjan, abandonnant ainsi les pauvres populations à leur triste sort. Sans défense, ces populations ont subi littéralement le courroux de tueurs à gage. Certaines organisations des droits de l’Homme dénombraient au moins 800 morts en cette seule journée du 29 mars 2011, quand d’autres chiffraient le nombre minimal de personnes assassinées à 1000 âmes en cette même journée noire. Enfants, jeunes, adultes, vieux, n’ont pas échappé à la furie de ces personnes qui seraient en mission commandée. Par qui ? Nous ne saurions vous le dire. Duékoué-carrefour, le théâtre de cette horreur, est jusqu’à ce jour, parsemé de charniers et fosses communes.
Pendant plusieurs années, les filles et fils Wê au plan national, comme international, n’ont cessé de donner de la voix pour exiger du gouvernement, une enquête pour situer les responsabilités sur ces massacres injustifiés et injustifiables afin d’aboutir à une justice équitable. Une plainte a même été déposée à cet effet, à la Cour Pénale internationale (CPI) pour génocide par l’ONG SOLIDARITÉ WÊ, dirigée par Madame Martine Kei Vaho qui réside en France.
C’est dans ce contexte que le gouvernement inculpe et place en détention préventive en 2013, un certain Amadé Ouérémi, de nationalité burkinabé, chef d’une milice régnant en maître absolu dans la forêt classée du Mont Péko dans la sous-préfecture de Bagohouo.
Son procès s’est déroulé du 24 mars 2021 au 15 avril 2021 à la Cour d’assises du Tribunal d’Abidjan-Plateau. Plus de vingt (20) chefs d’accusations ont été retenus contre lui. Ce sont entre autres, crime contre civils, crime de guerre, génocide, assassinats, meurtres, viols, attentats, complot, pillages, vol en réunion…
Seul à la barre, dans le box des accusés, Amadé Ouérémi ne s’est pas fait prier pour se mettre à table. Il a reconnu avoir agi en tant qu’exécutant conformément aux ordres qu’il aurait recus de ces mandants qui lui auraient remis l’armement dont il s’est servi. Citons-le : “…C’est le Commandant Fofana Losseni dit Loss qui a donné l’ordre de chasser les miliciens de Duékoué. Moi, j’étais un rebelle aux ordres du chef de guerre Coulibaly de Kouibly. C’est lui qui m’a fourni des armes et des treillis militaires. ”
Il est allé plus loin en disant : “…C’est après la libération de Duékoué que je suis entré dans la ville. Les vrais dozos étaient nombreux ce jour-là. Ce sont les dozos qui ont tué les gens. “. Il a en outre refusé qu’on lui impute l’entière responsabilité de ces crimes, en ces termes : ” …Ce n’est pas parce que c’est mélangé qu’ils vont mettre tout sur moi.” Il a même reconnu à la barre, la gravité de ce qui avait été fait contre les populations Wê ce jour. À cet effet, il a dit : “…J’ai vu des corps des hommes. C’était beaucoup. Je n’ai jamais vu ça de ma vie. Il y avait des femmes, des hommes, des enfants et des vieillards parmi les corps. Des personnes ont été brûlées vives dans des maisons. On m’a utilisé comme un chiffon pour nettoyer leurs déchets.” Le seigneur du Mont Péko a aussi dénoncé un complot d’assassinat contre sa personne et a dit être prêt pour le grand déballage en ajoutant : “…Les gens ont essayé de me tuer. Mais, ce que vous voulez, je vais tout dire…”.
Le 15 avril 2021, la Cour d’assises a rendu son délibéré et a condamné le sieur Amadé Ouérémi à la prison à perpétuité sans faire comparaître l’officier supérieur des FRCI, Losseni Fofana et ses lieutenants nommément cités par l’accusé, pour confrontation, comme l’exigeaient les avocats des victimes et de la défense.
Ce qui a conduit au regret chez certaines victimes qui ont estimé que le procès n’a pas tenu toutes ses promesses, car n’ayant pas permis, selon elles, de lever toutes les zones d’ombre.
Par Ghislain Guela
